A propos de... François Truffaut

Publié le par vivrelivre

Bonjour,

 

Vient d'être créée la page "A propos de..." dans laquelle je vous propose des souvenirs des personnalités qui m'ont marquée : on y retrouvera des cinéastes, écrivains, etc. La première personne dont je tenais à parler est mon réalisateur préféré : François Truffaut, dont j'ai aimé chacun des films. Sa disparition en 1984 (si tôt hélas, alors qu'il aurait pu tourner encore de nombreux longs métrages) m'avait tant bouleversée que j'avais tenu à être présente à son enterrement, entourée de ceux qui l'aimaient. Je vous invite a (re)découvrir sa filmographie, des 400 coups à Vivement dimanche : http://www.allocine.fr/personne/filmographie_gen_cpersonne=629.html

Comme tous ceux qui aiment le cinéma, je m'étais construit un univers. Des films tels que Les 400 coups, L'argent de poche, La nuit américaine ou La femme d'à côté m'étaient nécessaires, sinon vitaux, parce qu'ils correspondaient à ce que j'attendais de la part d'un cinéaste : son amour des autres à travers une observation à la fois ironique et émouvante de ses personnages. Cette nouvelle forme de sensibilité qui a fait, en 1959, éclater le carcan d'un cinéma trop rigide et conventionnel, était l'oeuvre d'un cinéaste que le public a aussitôt reconnu : François Truffaut.

Depuis cette date, il n'a cessé de nous faire rêver à travers des films différents certes, mais empreints de ce même charme. On reconnaît, en effet, les films de Truffaut ; ils ont une couleur, une atmosphère qui leur est propre.

Il avait su créer une complicité, ce lien magique qu'il tendait entre ses films et le public et ses oeuvres sont désormais rentrées dans la légende...

François Truffaut ou le cinéma à l'état pur

Mars 1953 : Dans la revue Les Cahiers du cinéma, dirigée par André Bazin, le jeune François Truffaut fait éclater une bombe dans le monde du cinéma. Pensez ! Son premier article entreprend non seulement de défendre les films de David Miller et d'Alfred Hitchcock, considérés en France comme mineurs, mais de s'attaquer au sacro-saint cinéma français. Selon lui, "le public a eu le jugement et la sensibilité faussés par vingt ans de "faux grands sujets"". D'emblée, le ton est donné et ce fou de cinéma, pensant, lorsqu'il était critique, "qu'un film, pour être réussi, doit exprimer simultanément une idée du monde et une idée du cinéma", se trouvera toujours à contre-courant de ses confrères. Armé de sa grande culture cinématographique qu'il a acquise dans maints ciné-clubs de Montmatre, il dira pourtant que la critique d'un film peut être faite par le journaliste comme par le public, puisque le cinéma est l'art le plus populaire qui soit. Par la suite, il avouera qu'il aurait préféré ne parler que des films qu'il aimait.

1959 : Sortie de son premier long métrage, Les 400 coups. Ce film, fait unique dans le cinéma, constituera le premier volet des "Aventures d'Antoine Doinel". Le public verra, à travers L'amour à 20 ans, Baisers volés, Domicile conjugal et L'amour en fuite, grandir son héros, Jean-Pierre Léaud, et ces cinq films à eux seuls seront comme un album de famille que l'on feuillète en ayant l'impression d'en reconnaître tous les visages.

Ce qui a amené François Truffaut à devenir cinéaste ? L'amour de la fiction, des histoires racontées. Il ne renie pas cependant qu'un aspect de son oeuvre se veuille didactique ; le cinéma étant culturel, il est normal qu'il ait aussi cette vocation.

Pour lui, les meilleurs metteurs en scène sont ceux qui voient le film comme une chose en mouvement, ceux dont les films "vibrent" et expriment soit la joie, soit l'angoisse de faire du cinéma. Cette pensée ne s'est pas contredite tout au long de sa carrière, et ses films, graves ou drôles, ont été très divers. Ils nous racontaient l'amour, l'enfance, l'adultère ou la mort, nous parlaient de ces choses essentielles à travers un humour particulier, cet humour qui était sa pudeur, parce qu'il n'aimait pas les longs discours. C'est peut-être pour cela que ses films nous touchaient au plus profond, parce qu'ils atteignaient une sorte de grâce, de sensibilité et de finesse inimitables.

Dans un entretien paru dans le livre Cinéma, art et industrie (Laffont), il nous parle de son métier de cinéaste, le cinéaste qui, selon lui, a une responsabilité énorme, car il a le pouvoir d'organiser le monde selon ses désirs. Interrogé sur le cinéma politique, il répond qu'"à partir du moment où, au lieu de se servir d'une histoire pour donner des émotions et des sentiments, il (le cinéaste) s'en sert pour donner des directives, cela n'est pas honnête". Il dit préférer faire quant à lui, un discours artistique ou un discours qui atteint la sensibilité et soulève des interrogations, ce qui résume bien son oeuvre, et en tant que critique, et en tant que cinéaste. Il ajoute également cette pharse très belle : "... une oeuvre d'art respire par sa spontanéité et même par son amateurisme".

On ne peut pas parler de François Truffaut sans parler des Etats-Unis, où son oeuvre a très vite été encensée et appréciée par le public d'outre-Atlantique. Comme nous le dit Annette Insdorf (auteure d'une monographie sur François Truffaut), "il incarne une sensibilité française dans la mesure où son cinéma intimiste ajoute subtilement à l'action une réflexion sur le cinéma même".

En guise de conclusion, j'aimerais laisser la parole au cinéaste disparu depuis maintenant plus de vingt-sept ans, et qui s'exprimait sur le cinéma dans la préface de son livre Les films de ma vie, et dont voici quelques extraits :

"On se donne autant de mal pour faire un mauvais film qu'un bon."

"Commerciaux ou non, tous les films sont commerciables, c'est-à-dire font l'objet d'achat et de vente."

"Notre film le plus sincère peut apparaître comme une fumisterie. Celui que nous faisons avec le plus de désinvolture fera peut-être le tour du monde."

"Un film idiot mais énergique peut faire du meilleur cinéma qu'un film intelligent et mou."

"Le résultat est rarement proportionnel à l'effort dépensé."

"Un metteur en scène d'aujourd'hui doit accepter l'idée que son travail sera éventuellement jugé par quelqu'un qui n'aura peut-être jamais vu un film de Murnau. La contrepartie à cette tolérance est que chacun, à l'intérieur de la rédaction d'un journal, se sentira autorisé à contester l'opinion du titulaire de la rubrique du cinéma."

Voila qui me semble bien résumer la sincérité, la franchise et l'honnêteté vis-à-vis de lui-même mais aussi du public, que François Truffaut mettait dans ses films. Ces qualités, qui transparaissent à travers l'oeuvre qu'il nous a laissée, nous font regretter qu'elle se soit arrêtée si brutalement, un jour d'automne 1984...

 

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