François Truffaut, le cinéma et les femmes

Publié le par vivrelivre

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En hommage au cinéaste et pour commémorer les trente ans de sa disparition, voici un petit texte inspiré par l'autre grande affaire de François Truffaut durant toute sa vie : les femmes...

 

Avec le cinéma, les femmes ont été « la grande affaire » du cinéaste. Sa première déception amoureuse le fait s’engager dans l’armée pour aller combattre en Indochine. Une permission prolongée le conduit en prison. Plus tard, il épouse Madeleine Morgenstern qui lui donne deux filles. Mais il ne peut se satisfaire de sa vie conjugale même si la culpabilité le ronge.

Ses films sont autant de points de repère de sa vie sentimentale. Sa liaison avec Françoise Dorléac (La peau douce) le contraint au divorce. Il est sur le point d’épouser Claude Jade (Baisers volés, Domicile conjugal, L’amour en fuite) mais se ravise au dernier moment. Il n’est pas fait pour cette vie rangée avec une femme si parfaite… Son histoire d’amour avec Catherine Deneuve, qu’il dirige dans La sirène du Mississipi (et qu’il retrouvera dans Le dernier métro), se solde par une rupture qui le plonge dans la dépression.

C’est avec Fanny Ardant qu’il connaît enfin la sérénité. Il l’avait remarquée en 1979 dans la série télévisée Les dames de la côte. Immédiatement séduit par sa beauté, sa voix si singulière, sa façon d’être, il l’engage pour un rôle dramatique, celui de Mathilde dans La femme d’à côté. Ils partagent tous deux un besoin d’indépendance et de liberté. Soucieux de lui donner un rôle plus léger, il lui propose un scénario qui sera comme un clin d’œil aux films noirs américains : Vivement dimanche ! Il ignore au moment du tournage qu’il signe là son film-testament et pourtant, comme une boucle bouclée, on y retrouve le noir et blanc des 400 coups ou la machine à écrire (volée par Doinel, instrument de travail de Barbara).

         Il disait de sa comédienne qu’elle était comme « une étrangère venue d’un pays qui n’existe pas » ; elle lui répondra en écho au soir de sa disparition : « Ma protection est devenue un tombeau. »

Oui, François Truffaut a aimé ses actrices et a su donner à chacune d’elle des rôles qui ont marqué leur carrière car la femme dans ses films n’est ni potiche, ni passive. Elle peut être fatale (Jeanne Moreau dans Jules et Jim ou La mariée était en noir, Catherine Deneuve dans La sirène du Mississipi, Fanny Ardant dans La femme d’à côté), enjôleuse (Bernadette Lafont dans Une belle fille comme moi), habitée par une passion qui la conduit à la folie (Isabelle Adjani dans L’Histoire d’Adèle H) ou encore responsable (Deneuve et Ardant encore, respectivement dans Le dernier métro et Vivement dimanche !).

Ce grand séducteur fera un film de ses passions successives, L’homme qui aimait les femmes (le premier titre en était Le cavaleur). La fameuse définition des jambes des femmes par Charles Denner/Bertrand Morane (son double) est restée dans toutes les mémoires :

« Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. »

Comme dans le film, toutes ces femmes se sont retrouvées un mardi pluvieux d’octobre, au cimetière Montmartre, autour de sa tombe. Ces femmes qu’il a aimées et qui l’ont aimé. Et tous ces admirateurs (dont j’étais) qui souhaitaient simplement partager leur peine en famille en écoutant son ami Claude de Givray lui rendre un dernier hommage.

C’était il y a 30 ans. Clap de fin.

 

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